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Relaciones Institucionales

Discurso del Presidente de la Federación de Comunidades judías de España, Jacobo Israel. Versión francés.

Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les autorités et personnalités,
Mesdames et Messieurs,

Nous sommes réunis ici aujourd’hui pour nous souvenir, à l’occasion de cette cérémonie d’État, des horreurs de l’Holocauste, et j’aimerais profiter des quelques minutes qui me sont accordées pour engager une réflexion sur la nécessité de la mémoire de la Shoah.

Jacobo IsraelComme l’explique un historien, la société européenne s’est progressivement fermée aux Juifs sur plus de quinze siècles. Elle leur a d’abord dit : « Vous ne pouvez pas vivre parmi nous en tant que Juifs », et elle a provoqué conversions et exils. Puis elle les a menacés : « Vous ne pouvez pas vivre parmi nous », et elle a procédé à l’expulsion des Juifs, qui ont cherché refuge en terre d’Islam. Enfin, elle a décrété : « Vous ne pouvez pas vivre », provoquant l’une des plus grandes tragédies, l’une des plus singulières aussi, de l’histoire humaine, la Shoah.

En quoi consiste la singularité de la Shoah ?

Le processus contre les Juifs s’est engagé plusieurs années avant la tragédie complète, enchaînant des étapes dessinées avec précision, dont plusieurs bénéficièrent de l’aval du Parlement allemand lui-même – un Parlement, ne l’oublions pas, élu démocratiquement – et ne suscitèrent de la part d’autre pays qu’une condamnation exclusivement verbale, ceux-ci s’efforçant de freiner l’hitlérisme avec des accords partiels.

Des étapes très concrètes : identification du Juif comme « l’autre », attribution de caractères fortement négatifs au groupe, discrimination légale, ségrégation, persécution, déshumanisation et, pour finir, anéantissement.

Parce qu’ils étaient juifs, c’est-à-dire en raison d’une composante inaliénable de leur identité, d’un fait de naissance, et non pas à cause de leurs idées ou de leurs actes, dans tous les recoins de l’Europe, l’on procéda à l’arrestation d’hommes et de femmes pacifiques, sans armes, de tout âge, enfants, personnes âgées, des familles entières. Certains furent directement assassinés, d’autres déportés dans des lagers et des camps d’extermination, où ils furent sacrifiés comme du bétail. Ils n’étaient pas considérés comme des êtres humains, et il fut fait en sorte qu’ils ne se sentent pas des êtres humains.

Plusieurs communautés tziganes et d’autres ethnies furent également considérées comme une nuisance sociale, et, parmi elles, des milliers de personnes furent regroupées et assassinées.

Des milliers de républicains espagnols, aussi, furent internés dans des camps, à Mauthausen ou ailleurs, où ils durent effectuer de pénibles travaux, et des centaines de Juifs provenant de Grèce, dont la nationalité espagnole avait été reconnue par le décret de Primo de Rivera de 1924, subirent semblable oppression à Bergen-Belsen.

L’Holocauste a causé la mort de six millions de Juifs. C’est essentiellement pour cette raison que, sur près de onze millions de Juifs qui vivaient en Europe au début du XXe siècle – ils n’étaient plus que neuf millions en 1939, suite aux pogroms, la guerre et l’émigration –, il ne reste aujourd’hui qu’un peu plus de deux millions.

La mémoire des millions de personnes assassinées exige le respect. Et le respect demande tout d’abord que nous partagions la douleur de leur disparition et des conditions dans lesquelles s’est produite cette disparition.

La mémoire de l’Holocauste doit inclure également tous ceux qui furent emprisonnés et conduits à la mort dans les camps de concentration en raison de leurs idées politiques, parce qu’ils luttaient contre le nazisme ou parce qu’ils étaient assimilés à des nuisances sociales. Se souvenir de l’Holocauste, c’est aussi se souvenir d’une tragédie européenne, juive et non juive.

La mémoire doit sortir de l’oubli les survivants de la tragédie, qui purent recommencer une nouvelle vie, et dont l’expérience nous permet de constater avec espoir la force de l’esprit humain.

La mémoire de l’Holocauste, c’est encore une pensée particulière pour les hommes justes, qui sauvèrent des personnes persécutées par le fanatisme nazi, pour les témoins qui représentèrent l’humanitarisme face à la déshumanisation, face à l’indifférence, et parmi eux plusieurs diplomates espagnols. Que leur mémoire soit une bénédiction.

Mais il y a plus. Après Auschwitz, après avoir connu le Mal, avec un M majuscule, nous ne devons pas oublier que rien n’empêche qu’une pareille Horreur ne se reproduise, si ce n’est la mémoire et l’enseignement de la Shoah. Une mémoire et un enseignement nécessaires, pour les Juifs et pour les non-Juifs. Une mémoire du souvenir, mais aussi une mémoire tournée vers l’avenir. Mémoire des victimes, des héros, des survivants, mais aussi leçon d’histoire pour aujourd’hui et pour demain.

C’est donc avec préoccupation que nous nous devons de constater la banalisation de l’Holocauste – jusqu’à l’utiliser comme une arme contre les Juifs eux-mêmes –, ainsi que la progression du négationnisme dans une partie du monde. Ici même, dans notre pays, un recul important a eu lieu, avec la dépénalisation du négationnisme, au nom de la liberté d’opinion.

L’une des leçons de la mémoire de la Shoah, de cette mémoire nécessaire, c’est que la démocratie et les libertés ne suffisent pas à empêcher la répétition de l’horreur. Il faut donc, précisément au nom de la liberté réelle, de la liberté qui doit permettre la paix et la justice sociale, que ceux qui exercent le pouvoir législatif et exécutif, que la société civile elle-même, ne restent pas désarmés face à l’argumentation du discours de la haine. Or, la négation de l’Holocauste est toujours, toujours, l’antichambre du discours de la haine antisémite.

Ce sera tout.
Je vous remercie.